Exposition d'arts workshop 2012



 

Thème : ''Le changement''


 

LE PLAISIR DE CRÈER, ENSEMBLE, LE CHANGEMENT

 

SCULPTURE DE:


KY SIRIKI (BURKINA FASO) 
LUDOVIC FADAÏRO (BÉNIN) 
AMAHIGUÉRÉ DOLO (MALI)


L’atelier de l’artiste est, originellement, sa première œuvre; il est le lieu où l’artiste s’expose à lui-même, loin des menaces du jugement facile, dans une sorte d’indépendance mentale et de liberté absolue. C’est aussi là qu’il s’exerce à émouvoir les sensibilités les plus exigeantes.

De nombreux artistes aiment créer dans la solitude de leur atelier et rechignent à travailler sous les yeux, mêmes amis, d’autrui.

Les artistes du workshop 2012 du festival sur le Niger ne sont pas de jeunes artistes. Ils sont maîtres de leur art. Ludovic Fadaïro du Bénin, Ky Siriki du Burkina et Amahiguéré Dolo du Mali sont sûr d’eux-mêmes et aiment créer partout et tout le temps. Pour eux l’espace de travail artistique est un espace-œuvre.

C’est pour cette raison que nous avons souhaité interroger leurs imaginaires sur le thème de cette édition « Changement(s) ». Oui, nous disons bien « changement(s) » car tant au niveau individuel que collectif nous percevons, bien ou mal, des transformations qui modifient nos vies et celles tout autour de nous. Car notre humanité demeure dépendante de notre perception du changement de toutes les choses qui concernent la vie. Car il faut prendre conscience que notre vie et les autres vies dans la nature changent continuellement pour optimiser les conséquences utiles de chacun de nos actes quotidiens et maîtriser les risques inhérents à toute action. « Etre moderne c’est se rendre compte de ce qui n’est plus possible », disait Barthes. Se rendre compte. C’est cela même !

Les sages « modernes » de Ludovic sont huit et non sept, le berger et ses bêtes de Ky se ressemblent comme l’eau à l’eau. Hier et aujourd’hui, pour Dolo composent une unité humaine présente.

Au-delà de la vision des œuvres exposées, il y a la réflexion dans laquelle elles nous entrainent, au-delà de leur perception sensuelle, il y a la pointe qui pique notre propre imagination contemplative.

Les trois artistes ont été assistés de trois jeunes sculpteurs, Hamidou Koumaré et Abdoulaye Diakité du Conservatoire Balla Fasséké Kouyaté de Bamako et de Sadikou Oukpedio un jeune artiste togolais vivant à Bamako.

 

SIRIKI KY (BURKINA FASO)


Né en 1953 à Abidjan, Siriki Ky a fait ses études à l’Institut National des Arts d’Abidjan, avant de s’installer au Burkina-Faso, la terre des ses ancêtres, où il vit et travaille.

Initiateur du symposium international de sculpture sur granit de Laongo, et animateur de l’atelier-musée qui en a résulté, Siriki Ky est une figure centrale de la scène artistique au Burkina. Plusieurs places dans la ville de Ouagadougou portent l’empreinte forte et expressive de ses sculptures.

Siriki Ky ne travaille pas seulement la pierre. A celle-ci, il associe volontiers le fer qu’il assemble à l’occasion, avec le bois, l’essentiel pour lui, restant la rigueur de la composition, la pureté des lignes, le rapport innovant aux cultures du terroir, sans oublier la pertinence contemporaine du thème.

Tour à tour historiques, politiques et quotidiens, Siriki Ky figure avec autant de bonheur et d’intérêt un couple dans une voiture que les footballeurs du « onze national ».

Le onze nationale, parlons-en ! Ou plutôt ouvrons-lui notre micro : « Je voudrais à travers cette sculpture, fustiger le comportement de certains supporteurs d’équipes de football et surtout des équipes nationales qu’on appelle partout “le onze national”. Quand on parle du onze national, chacun ne voit que le sien oubliant que sur l’aire de jeu il y a toujours deux « onze nationaux » qui s’affrontent sportivement. » D’où les dérives et autres excès passionnés et violents qui de par le monde, transforment les matchs de football en des guerres.

Pour tourner en dérision le fanatisme dans les stades, Siriki Ky, propose un raisonnement par l’absurde. Pour être fidèle à la logique du « on gagne ou on gagne » chère par exemple aux supporters Ivoiriens, il propose au onze national de jouer avec et contre lui-même. « Je me suis plongé dans la tête de certains “hooligans”. Pour éviter tout risque, et assurer la victoire de son équipe, je leur propose de n’avoir sur le terrain que leur onze national. C’est ce qui m’a fait réaliser un seul onze national.

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LUDOVIC FADAÏRO

Né le 21 août 1947à Zinvié, Bénin vit et travaille à Abidjan, Côte d’Ivoire

Depuis son plus jeune âge, Fadaïro se destinait à la musique. Aujourd'hui, il compte parmi les peintres majeurs du continent africain. De la musique à la peinture, il n'y a que l'instrument qui change et, de toute évidence, Fadaïro a trouvé où il excelle.

Des années de travail acharné et de recherches assidues vont ensuite lui permettre de s'affranchir de la technique pour laisser libre cours à une inspiration généreuse.

La peinture de Fadaïro est comme une respiration, un souffle puissamment renouvelé par une source intérieure. Chaque motif, chaque visage, chaque coulée de peinture naît d'une interrogation de la matière qui fait la texture de la toile. Rien n'est figé, dessiné à l'avance, rien n'est joué à l'avance. L'oeuvre se construit, se crée au détour des signes ou idées-forces auxquels l'artiste donne vie. Chaque tableau fixe les images intérieures d'une cosmogonie intime et personnelle qui témoigne de l'essence africaine; Afrique chargée de secrets, de mystères, éminemment symbolique et forte de sa présence physique.

Chez Fadaïro, matière et symbole se conjuguent pour dire ce qui n'est pas manifesté et qui néanmoins existe dans la permanence au-delà des formes, au-delà du regard. Chaque oeuvre est un acte important et primordial qui ne cède à aucune facilité. Elle explore les grandes questions que l'homme se pose sur la vie et sur lui-même. Elle est, pour celui qui la contemple, une invitation à un voyage qui le mènera à terme à la rencontre avec son être universel.

Il convient d'aborder l'oeuvre picturale de Fadaïro comme on tente aujourd'hui d'approcher l'objet sculpté africain. Les grilles classiques de lecture et d'interprétation sont inopérantes car l'oeuvre ne saurait se classer en fonction des genres ou des techniques ou des modes. Seule compte la force du message voilé dans la complexité des signes et symboles qui portent témoignage de la culture africaine.

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AMAHIGUERÉ DOLO

Amahigueré Dolo est sculpteur, malien et Dogon. Comme toute son ethnie, il croit en une cosmogonie complexe. Il est animiste. Il attribue une âme à chaque animal, à chaque phénomène naturel et à chaque matière comme le bois.

Qualifier ses créations d'abstraites ou de figuratives n'a pas de sens pour le sculpteur qui juge cette question sans fondement. « Dans la nature, chaque élément à une part d'abstrait. Un artiste qu'il se définisse comme abstrait ou figuratif, montre ce que lui dicte sa vision. Mais chacun peut exercer sur l'oeuvre son propre regard et, finalement, y voir autre chose. Cette vérité est présente partout dans la nature, qui recèle une part de visible et d'invisible. Lorsque j'étais dans les Landes, les gens voyaient la forêt. Un animiste, comme moi, la regarde, mais perçoit en même temps les esprits qui l'ont créé. Cette vérité s'applique à mes sculptures. Chacun les transforme selon sa propre vision ».

En 1988, il fait la connaissance du déjà célèbre peintre espagnol Miquel Barceló, venu chercher une nouvelle inspiration en Afrique. Rencontre décisive qui va faire basculer sa vie de fonctionnaire à l'occasion d'un voyage en pays Dogon où il emmène Barceló. C'est là que le peintre découvre les sculptures d'Amahiguere qu'il encourage à persévérer. Comment concilier un travail vital de création avec les tabous inhérents à sa communauté à laquelle Dolo reste très attaché ? Loin de se laisser écraser par le poids des choses, Amahiguere les intègre à sa manière à sa démarche artistique.

« D'autres fois, il intervient très peu sur la racine, jouant avec sa forme. Alors l'oeuvre de Dolo apparaît contemporaine, à la fois nourrie de la tradition Dogon et extrêmement contemporaine, comme s'il fallait à cette culture mise à mal par la modernité la transgression d'un homme afin qu'elle poursuive son évolution vers un art esthétique sans singer. » Olivier Céna, journaliste à Télérama, pour les Editions de l'oeil.

Présent au Musée des Beaux Arts de Tourcoing, l’artiste offre en 2004 une installation permanente au jardin des Tuileries à Paris.

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